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Ecrivains et éditeurs : l’amour dure trois mois

A l’occasion du Salon du Livre de Paris qui ouvre ses portes cette semaine, la SGDL (Société des Gens de Lettres) et la SCAM (Société Civile des Auteurs Multimédia) publient leur quatrième baromètre des relations auteurs/éditeurs, couple tumultueux fondé sur un mariage d’amour (ils le clament) et de raison (ils l’avouent en privé), qui leur donne globalement satisfaction – mais de moins en moins…

Les enquêteurs ont interrogé 1145 écrivains.
61% se déclarent globalement satisfaits des relations qu’ils entretiennent avec leur éditeur, contre 71% en 2011 un an auparavant. Moins 10% en un an, c’est la fonte des neiges non stop sur quatre saisons !
En fait, ce qui coince de plus en plus, après la lune de miel des premiers mois (contrat, premiers contacts baignés dans le miel d’un avenir radieux, puis quelques conseils plus ou moins argumentés et plus ou moins avisés sur un ou deux points à relifter dans le texte), c’est la réalité de tous les jours. Comme dans un couple, et a fortiori un couple déséquilibré (éditeur mahousse costaud, auteur rikiki – le plus souvent du moins).
Ainsi, les deux tiers des auteurs jugent insuffisante l’exploitation commerciale de leurs oeuvres.

Côté finances, précisément, comment ça va ?
Hélas, hélas… Le pouvoir d’achat des écrivains (eh oui, eux aussi doivent acheter du pain, des pâtes, du pétrole), plonge depuis 1999, le prix du livre baissant par rapport à l’inflation, et les droits d’auteurs restant en moyenne inférieurs à 10% du prix de vente (les seuls qui obtiennent plus sont des gros vendeurs répertoriés, des people ou des journalistes dont on espère des papiers bienveillants).

Rayon à-valoir, seuls 61% des contrats en proposent (on en conclut que dans 49% des cas, les éditeurs osent ne rien proposer), et encore sont-ils sont en forte baisse depuis trois ans : entre 1500 et 3000 euros, bonjour la largesse…
Au chapitre « reddition des comptes », dont le principe est d’informer les auteurs sur leurs ventes c’est aussi, bien souvent, le flou artistique derrière un parfait écran de fumée. Ainsi, un auteur sur quatre seulement dit avoir été informé de ses ventes à l’étranger.

Enfin, pour rester dans les questions qui fâchent ou – pour parler la novlangue : qui clivent –  63% des contrats ne comportent pas de clause numérique !
En général, les éditeurs proposent pour l’édition numérique un partage des droits équivalent à celui de l’édition imprimée, alors qu’ils y engagent beaucoup moins de frais que dans l’édition papier, ce qui n’est pas correct. Il faudrait au plus vite engager des négociations entre le SNE (Syndicat national de l’Edition) et les sociétés d’auteurs telles la SGDL ou la SACD, pour régler ce problème qu’un attentisme fâcheux fait délibérément perdurer.

Autre noyau sur le gâteau : l’offre illégale de livres, encore marginale mais en augmentation sensible, portant principalement sur les best sellers, contre laquelle les éditeurs sont censés réagir.

Bref, dans ce couple auteur/éditeur, on sent qu’il est urgent de revoir certaines des modalités du contrat de mariage, et de renouveler une bonne partie de la literie, pour que le désir – non pas renaisse : il est toujours là – mais ne retombe pas si vite…

Un mot enfin, pour relativiser un peu les choses : tous les éditeurs ne sont pas indélicats, et tous les auteurs ne sont pas des anges. Leur ego est parfois surdimensionné, et leurs attentes peu réalistes. Cela fait partie de leur charme, et l’on sait bien que l’utopie est un des carburants du créateur. Mais les éditeurs –  qui certes prennent des risques – ne doivent pas pour autant se cacher derrière les petits travers éventuels des écrivains pour s’exonérer de leurs devoirs (transparence des comptes, promotion suffisante du livre, conditions financières équilibrées, prise en compte spécifique du numérique).

Auteurs, éditeurs : parlez-vous, négociez, avancez. Ou l’art et l’industrie du livre reculeront très vite…

Gilles Chenaille

– Téléchargez l’enquête complète SGDL-SCAM, au format PDF : ici
– A défaut d’informations suffisantes pour créditer le visuel de cet article, en voici la source, qui ne mentionne pas de copyright.
– Idem pour la photo illustrant cet article à la une (dont voici la source).


Discussion

Un commentaire sur “Ecrivains et éditeurs : l’amour dure trois mois”

  1. Après lecture du rapport SGDL-SCAM (et du papier de Libé), et surtout après avoir si souvent constaté dans la réalité de mon métier à quel point certains auteurs se font mener en bateau, j’ai tenu, à partir de ce rapport, à tremper mon modeste grain de sel dans l’encre…
    En précisant, évidemment, que tous les éditeurs ne sont pas des monstres, ni tous les auteurs de modestes victimes…

    Posté par Gilles Chenaille | 14/03/2012, 13 h 59 min

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