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Drama Queen : sans (re)père

Drama Queen, d'Isabel AscensioQui est le père d’Alex, jeune femme de 19 ans ? Un Américain mort dans un accident d’avion ou Yacob, danseur efféminé que sa mère lui présente comme son oncle ? Qui Alex aime-t-elle ? Félix, frêle rappeur qu’elle déguise en Bess dès qu’ils couchent ensemble, ou Bess elle-même, sœur de Felix dont le père est également décédé ? Où est parti le « Pop », beau-père de Bess et de Félix, à la virilité « pachydermique » ? A-t-il été tué par Bess ? Par Alex ? Quelle relation entretenait-il avec les deux adolescentes, lui le seul véritable référent masculin de cette histoire sans (re)pères ?

C’est à travers ces zones d’ombres, ces territoires en friche qui suggèrent sans jamais rien dévoiler que nous est présentée par flash-back une galerie de personnages déglingués, équivoques, incestueux, au centre desquels gravite Alex, marseillaise hypokhâgneuse, soucieuse de tourner la page en s’éloignant de ceux qui ont fini par pourrir son existence.
Entre itinéraire psychanalytique et roman de formation, ce troisième livre d’Isabel Ascencio séduit autant qu’il dérange. Drôle ou tragique, selon, il s’appuie sur une écriture osée, percutante, d’une brutalité sèche, qui claque comme un fouet et déroute le lecteur à chaque virage. Pour son plus grand bonheur.

Drama Queen, d’Isabel Ascensio (éditions Verticales)

William Memlouk
(auteur de « Mingus mood » aux éd. Julliard, membre de la Rue des Auteurs) 

Extrait

J’ai entendu les ongles de Bess gratter le bois de la porte dans mon dos, juste au moment où je finissais d’aligner mes post-it sur le bureau. J’étais à deux doigts de m’y mettre – vas-y ma fille, je me disais, maintenant que tout est dans l’ordre et propre et bien classé, vas-y sans faiblir et avec méthode – philo, plan de la dissert ; lettres, commentaire de Corbière (incipit du Négrier) ; latin, version de Tite-Live ; histoire, dislocation de l’empire et succession hellénistique, Antioche, Pergame, dynastie des Attalides. Tout ça tout ça.
Pile poil à cet instant, la porte a raclé derrière moi les boucles de la moquette avec sa sorte de chuintement familier. Ma nuque s’est raidie. C’est elle, j’ai pensé illico, c’est Bess, my lovely. Elle vient de grimper clandestinement les escaliers et elle va surgir dans mon dos, quelle veine, après toutes ces semaines sans nouvelles.
La méchante moue de ma mère ne lui avait donc pas fait barrage ni au jardin, ni au salon.
Ça m’a palpité tout doux dans la poitrine mais j’ai quand même serré les dents à cause des voix intérieures qui faisaient oh non, je n’ai pas le temps, Bess, je n’ai pas le temps.


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