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De la passion à l’amour

Notre amie Emmanuelle de Boysson, écrivain, journaliste, présidente du prix littéraire de la Closerie des Lilas, éprouve aujourd’hui l’envie – le printemps venant – de nous parler d’amour. Oh oui, lui répondons-nous sans hésiter. D’amour et de passion. Deux fois oui. Mais il ne s’agit évidemment pas de la même chose. Emmanuelle, en femme de Lettres, nous rappelle le sens des mots…

Emmanuelle de Boysson

L’air est aux escapades, aux aventures. En ce printemps taquin, les magazines donnent mille recettes pour rencontrer l’âme sœur, pimenter sa libido. A deux ou en quête de nouveaux rivages, la question se repose : combien de temps dure l’amour, cet enfant de bohème ? Trois ans, affirme Beigbeder, des années, nous convainc Comte Sponville. Dans Les secrets des couples qui durent (éditions J’ai lu), j’ai tenté d’inviter mes lecteurs à la réflexion : que font les couples qui s’aiment et savent ranimer la flamme ? Dans L’amour et l’Occident, Denis de Rougemont différencie l’amour et la passion, laquelle porte en elle les germes de sa fin. Née d’un penchant à la mélancolie, à la souffrance, la passion se nourrit d’interdits, d’obstacles. Dans l’Eros, chacun cherche en l’autre le reflet de lui-même, finit par s’y noyer. La littérature regorge d’histoires passionnelles qui tournent mal : La princesse de Clèves, de madame de La Fayette, Le grand Meaulnes, d’Alain Fournier, Le Rouge et le noir, de Stendhal, Adolphe, de Benjamin Constant, Anna Karénine, de Tolstoï, jusqu’à Passion simple, d’Annie Ernaux. Tous nous rappellent qu’ « il n’est de grand amour qu’à l’ombre d’un grand rêve » (Proust). L’histoire est prodigue de maîtresses en furie. Athénaïs de Montespan, favorite de Louis XIV, mère de sept enfants qu’elle avait eus de lui, usait de poudres d’amour pour faire renaître le désir de son amant. Elle alla même jusqu’à assister à des messes noires où des bébés étaient égorgés sur ses seins nus.
L’agapé, qui signifie en grec l’amour divin, inconditionnel, suppose une attention véritable à l’autre, une connaissance précise de lui. Un des indices pour savoir si une rencontre se prolongera est de pouvoir parler en détail du métier, de la famille, des goûts et dégoûts de son partenaire. Ainsi est-il aimé comme il est, non idéalisé. Chacun a le souci du bonheur de l’élu. Cet amour-là nécessite un équilibre intérieur, une maturité. A l’inverse, le manque engendre une quête impossible. Le passionné recherche des réponses à ses angoisses ; il projette sur l’autre des désirs inconscients. L’amour oblatif, en revanche, n’attend rien : il se vit pour lui, absolu. La fougue des débuts s’épanouit en joie, en connivence. La sexualité devient une fête, non une folie des sens. Moins intense que la passion, l’amour favorise l’évolution des partenaires. Chacun se réjouit de voir l’autre réussir, l’y encourage. Une liberté nouvelle se crée. On ne vit pas pour son compagnon mais avec lui. « L’amour c’est l’espace et le temps rendus sensibles au cœur », dit encore Proust dans La Prisonnière. Même pour ceux ou celles qui tricotent une relation clandestine, la tempête sous les draps des débuts peut prendre une belle allure de croisière voluptueuse.
A l’heure des soirées sur les terrasses des cafés, des flâneries, cueillons la rose de l’amour. Cultivons-la. Elle restera dans notre cœur, le plus longtemps qu’elle le pourra. Les roses d’automne ont une beauté dernière exquise.

Emmanuelle de Boysson


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